Introduction au techno-capitalisme et au techno-solutionnisme
Le techno-capitalisme et le techno-solutionnisme sont deux concepts étroitement liés qui dominent notre société moderne.
Le techno-capitalisme représente l’alliance entre la technologie et le capitalisme, où l’innovation technologique est vue comme le moteur principal de la croissance économique.
Le techno-solutionnisme, quant à lui, est la croyance que la technologie peut résoudre tous nos problèmes, qu’ils soient sociaux, économiques ou environnementaux.
Cette idéologie pousse à l’achat et à l’utilisation massive d’objets et de services technologiques, promettant une amélioration constante de nos vies.
Cependant, cette approche soulève de nombreuses questions.
Si la technologie peut effectivement simplifier et améliorer certains aspects de notre quotidien, elle apporte aussi son lot de problèmes : surveillance accrue, addiction aux écrans, pollution environnementale liée à l’extraction des matières premières et à la consommation d’énergie.
Le documentaire d’arte « Can Useless Technology Save the World? | Tracks | ARTE.tv Documentary » explore ces dilemmes, remettant en question notre obsession pour toujours plus de technologie, même lorsque celle-ci s’avère superflue.
L’art comme critique de la surveillance technologique
L’artiste belge présenté dans le documentaire utilise son art pour explorer et critiquer le côté sombre des réseaux sociaux et de la surveillance technologique.
Son travail, décrit comme « un peu flippant », se concentre sur l’interception d’images provenant de caméras de surveillance utilisant la reconnaissance faciale.
Cette approche artistique met en lumière la façon dont la technologie peut être utilisée pour surveiller et contrôler les citoyens, souvent à leur insu.
L’une de ses installations les plus marquantes place les visiteurs dans une tour de contrôle, leur donnant accès en temps réel à des images de personnes traversant des passages piétons partout dans le monde.
Les visiteurs ont la possibilité de « dénoncer » ceux qui traversent au rouge en déclenchant une alarme, un e-mail étant automatiquement envoyé au poste de police le plus proche.
Cette installation provocante soulève des questions cruciales sur notre relation à la surveillance et à la délation dans un monde hyper-connecté.
Elle nous force à réfléchir sur la facilité avec laquelle la technologie peut transformer chacun d’entre nous en potentiel agent de surveillance, remettant en question les notions de vie privée, de liberté individuelle et de responsabilité collective à l’ère numérique.
Les origines du techno-solutionnisme
Les racines du techno-solutionnisme remontent de manière surprenante aux années 1960 et 1970, au cœur du mouvement hippie.
Contrairement à ce qu’on pourrait penser, une partie de ce mouvement était très enthousiaste à l’égard de la technologie.
Les hippies voyaient en elle un moyen de vivre une vie plus libre, loin des contraintes de la société et des règles imposées par les gouvernements.
Cette vision a trouvé un écho particulier auprès des entrepreneurs de la Silicon Valley, comme Steve Jobs, qui a souvent souligné l’influence de la culture hippie sur sa créativité.
Ce mélange improbable entre l’indépendance prônée par les hippies et l’esprit entrepreneurial des start-ups informatiques a donné naissance à ce qu’on appelle « l’idéologie californienne ».
Cette idéologie, qui a pris racine dans les années 1990, annonçait l’avènement d’une révolution numérique, censée succéder aux révolutions agricole et industrielle.
Elle promettait un monde où la technologie résoudrait tous les problèmes de l’humanité, ouvrant la voie à une nouvelle ère de progrès et de prospérité.
Cependant, cette vision optimiste occulte souvent les aspects plus sombres et les défis éthiques posés par l’omniprésence de la technologie dans nos vies.
La dérision des objets connectés par l’art
L’artiste hollandais Dani Ploeger utilise son art pour tourner en dérision les objets connectés et remettre en question notre relation obsessionnelle à la technologie.
Ses performances et installations artistiques modifient et détournent les usages habituels des objets connectés, créant des interactions intimes et souvent absurdes avec ces dispositifs.
L’une de ses performances les plus provocantes, intitulée « B-Hind » (« Behind » comme « derrière » en anglais), présente une télécommande rectale qui répond aux contractions musculaires de l’anus pour diriger un robot projecteur.
Cette performance choquante et humoristique vise à déconstruire l’image lisse et aseptisée des technologies de consommation, généralement présentées comme des dispositifs « fermés » et parfaits.
Dani Ploeger critique également la façon dont ces technologies sont promues, en parodiant le style des présentations de produits tech, notamment celles d’Apple.
Il souligne l’obsession pour les « génies » créateurs de ces technologies, qui renforcent le mythe d’une technologie neutre et indépendante, porteuse de progrès.
À travers son art, Ploeger nous invite à remettre en question cette croyance aveugle en la technologie comme solution miracle à tous nos problèmes, et à réfléchir sur notre dépendance croissante à ces outils numériques.
La déconnexion du monde réel par la technologie
Dani Ploeger, à travers son travail artistique, met en lumière la manière dont les smartphones et autres technologies nous déconnectent du monde réel.
Il propose des utilisations alternatives de ces dispositifs pour nous faire prendre conscience de cette déconnexion.
Dans une performance collaborative avec l’artiste kenyan Greenman Muleh Mbillo, Ploeger transforme les iPhones en instruments de musique traditionnels kenyans.
Cette performance vise à réduire les capacités du téléphone à sa fonction la plus basique : produire de la musique.
Les artistes créent une application qui limite les fonctionnalités du smartphone, le transformant en un instrument unique. Cette performance invite les spectateurs à repenser leur relation avec la technologie.
Elle suggère que la technologie n’a pas besoin d’être ce que nous associons communément avec elle – un outil de communication et de traitement de données omniprésent.
Au contraire, elle peut être utilisée de manière plus simple et plus focalisée.
Cette approche nous fait réfléchir sur notre dépendance à la connectivité constante et à l’accès permanent à l’information. Elle nous rappelle que la technologie, malgré ses avantages, peut aussi nous isoler du monde qui nous entoure et nous faire perdre de vue des expériences plus directes et plus authentiques.
L’impact environnemental de la technologie
L’omniprésence de la technologie dans nos vies quotidiennes a un coût environnemental considérable, souvent sous-estimé ou ignoré. Le documentaire met en lumière plusieurs aspects de cet impact.
Tout d’abord, il y a la consommation énergétique massive des data centers, ces immenses infrastructures qui hébergent le « cloud » et permettent le fonctionnement d’Internet.
Ces centres de données consomment près d’un quart de l’énergie mondiale, une proportion stupéfiante qui ne cesse d’augmenter avec notre dépendance croissante aux services en ligne.
Ensuite, il y a l’infrastructure physique d’Internet elle-même : des milliers de kilomètres de câbles sous-marins et terrestres qui permettent la circulation des données à travers le globe.
La fabrication et l’entretien de cette infrastructure ont un impact environnemental non négligeable.
Le documentaire met également en lumière l’empreinte écologique cachée de nos smartphones. Chaque appareil nécessite l’extraction de 180 kg de matières premières, provenant souvent de mines situées dans des pays comme le Congo, le Rwanda, le Niger ou la Guinée.
Cette extraction est souvent réalisée dans des conditions déplorables, impliquant fréquemment le travail d’enfants et d’adolescents.
Cette réalité brutale contraste fortement avec l’image high-tech et propre que nous associons généralement à nos appareils électroniques. Le documentaire souligne ainsi le paradoxe d’une technologie censée résoudre nos problèmes, mais qui contribue en réalité de manière significative à la crise environnementale actuelle.
La valorisation des solutions low-tech
Le documentaire met en lumière l’importance des solutions low-tech et des savoirs traditionnels dans la résolution des défis environnementaux actuels.
Il présente notamment le travail de l’association Eko!, qui valorise les connaissances en réparation d’objets, souvent maîtrisées par des personnes exilées.
Mohamed Conté, un exilé guinéen, partage son expérience et ses compétences en réparation, acquises dès l’âge de 11 ans.
Il souligne la différence d’approche entre les pays du Sud, où l’on est formé pour être « la machine », et les pays occidentaux, où l’on est formé pour utiliser la machine.
Cette différence de perspective met en évidence des savoir-faire intemporels qui peuvent nous aider à répondre aux défis environnementaux en Europe.
L’association Eko! présente également des innovations low-tech, comme un multicuiseur solaire fabriqué avec des matériaux simples, ou une machine à laver manuelle.
Ces exemples illustrent comment des solutions simples et durables peuvent être développées en s’inspirant des connaissances traditionnelles.
Le documentaire souligne l’importance d’écouter et de valoriser ces savoir-faire, portés par des personnes qui ont souvent été marginalisées dans nos sociétés technologiquement avancées.
Il suggère que ces connaissances peuvent jouer un rôle crucial dans notre quête de solutions durables pour « sauver notre planète ».
Conclusion : Repenser notre relation à la technologie
En conclusion, le documentaire nous invite à repenser fondamentalement notre relation à la technologie. Il remet en question la course effrénée vers toujours plus de confort technologique, suggérant que cette quête nous fait souvent perdre en autonomie.
Plus nous devenons dépendants de la technologie, moins nous sommes capables de faire les choses par nous-mêmes, que ce soit pour nous orienter sans GPS, communiquer sans smartphone, ou accomplir des tâches simples sans l’aide d’assistants vocaux.
Cette dépendance croissante s’accompagne également d’une confiance accrue accordée aux grandes entreprises technologiques, à qui nous confions de plus en plus nos données personnelles.
Le documentaire ne prône pas un rejet total de la technologie, mais plutôt une réflexion critique sur son omniprésence dans nos vies.
Il nous encourage à nous poser des questions essentielles : sommes-nous vraiment en contrôle de notre utilisation de la technologie, ou est-ce la technologie qui nous contrôle ?
Comment pouvons-nous utiliser la technologie de manière plus consciente et équilibrée ?
Comment pouvons-nous préserver notre autonomie et notre connexion au monde réel dans un environnement de plus en plus numérisé ?
En soulevant ces questions, le documentaire nous invite à adopter une approche plus réfléchie et plus consciente de notre utilisation de la technologie, afin de trouver un équilibre entre les avantages qu’elle offre et la préservation de notre autonomie et de notre lien avec le monde qui nous entoure.
Documentaire: https://youtu.be/u5T4LgHll5U?si=c3LOhi7es3YaACP0
Photo de Rahul Chakraborty sur Unsplash

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